LA PETITE ORPHELINE
La maison était vieille, même très vieille , Diane la petite orpheline tremblait chaque soir lorsqu’elle devait regagner la soupente qui lui servait de dortoir. Sa matrone l’obligeait à monter dormir dans le grenier au milieu des malles et des vieux meubles datant du siècle passé. De vieux mannequins de coutures en osiers semblaient dans le clair obscur des monstres ; prêt à engloutir la pauvre enfant dans leurs bras inexistants. Une lucarne éclairait faiblement le décor, un bric-à-brac d’objets hétéroclites étaient entassés dans un coin, et dans un espace aménagé, une paillasse recouverte d’une méchante couverture qui avait déjà connue d’autres hivers constituaient en tout et pour tout la chambre à coucher de la pauvre Diane.
L’enfant servait de bonne à tout faire dans cette vieille ferme toute branlante, pour une fermière qui n’était plus de première jeunesse et qui se reposait au maximum sur les frêles épaules de la jeune Diane. Le travail était éreintant du matin très tôt au soir très tard, la petite devait aller puiser l’eau à la rivière, traire la vache et préparer le petit déjeuner de sa patronne et de ses employés, traire la chèvre et conduire l’animal avec les moutons aux pâturages, puis couper du bois pour la journée… elle ne finissait que tard le soir après s’être éreintée à la lessive un bonne partie de la journée et pour finir elle devait préparer le souper du soir pour tous. Après un frugal repas elle montait se coucher épuisée.
Une nuit elle fut réveillée par un méchant orage qui faisait trembler la maison tout entière, Diane blottit sous sa méchante couverture n’osait bouger un seul orteil, des éclairs zébraient le grenier par la lucarne donnant vie aux objets entassées et leur donnant un aspect encore plus effrayant qu’ à l’ordinaire. La petite tremblait comme une feuille versant des larmes que personnes ne viendraient consoler. Elle implorait timidement le ciel de lui venir en aide , « mon Dieu, pourquoi vous m’abandonner, quelles sont mes fautes ! » et les larmes coulaient de plus belle des yeux de cette pauvre enfant. L’orage battait son plein depuis une bonne partie de la nuit, lorsqu’un coup de tonnerre accompagné d’un éclair plus vif que les autres pénétra à travers la lucarne et vint échouer au fond du galetas, créant une lueur vive sur un tas de jouets posés là, oubliés, un nounours tout pelé à qui il manquait une oreille, un cheval de bois dont une des pattes avant était absente, une vieille toupie qui ne devait plus tourner et bien d’autres jouets qui avaient eu une vie meilleure dans un autre temps et au milieu de ce tas de jouets abandonnés, une poupée semblait rayonner d’un éclat tout neuf et qui semblait-il n’avait pas subi les injures du temps. C’est là justement que se posa le regard terrorisé de l’enfant qui ne savait ou fuir tant sa peur était grande, elle aperçut la jolie poupée qui semblait lui tendre les bras, était-ce son imagination où bien était-ce bien la poupée qui lui avait tendue les bras ?
Le jour pointait à la lucarne et le chant du coq éveilla la petite qui s’était endormie comme une masse sans même en avoir conscience tant elle était fatiguée de peur et de chagrin. Les yeux cernés du manque de sommeil , elle abandonna son grenier et descendit aussitôt s’occuper à la cuisine pour préparer le petit déjeuner avant d’aller traire la vache et apporter le lait tout chaud et mousseux. Elle se presse car la matrone va se réveiller et si l’ouvrage n’est pas fait elle sera sermonnée et privée du repas de midi.
L’orage était partit au loin laissant planer une odeur de terre humide et d’herbe mouillée, le soleil radieux apparaissait à l’horizon lorsqu’elle pénétra dans l’étable , elle fut accueillie par le meuglement de Rosine qui était un peu énervée par l’orage et dont les mamelles avaient besoin d’être traite, une odeur chaude de paille et de fumier ce mêlant à l’odeur émanant de la vache, de la chèvre et des moutons un parfum lourd de suint et de foin séché particulier et rassurant pour le cœur meurtri de la petite, elle entreprit de puiser le lait aux pis de la vache ; lorsqu’elle entendit que l’on appelait :
- « Diane ! alors paresseuse, tu dors ? , et alors le lait va-t-il arriver tout seul , tu sais que je l’aime tout chaud sorti du pis de la vache , dépêches-toi fainéante criait la matrone depuis la cuisine. Diane sortit aussitôt de l’étable tremblante et après avoir posé le pichet de lait mousseux sur la table sans regarder sa patronne, la tête baissée elle repartit aussitôt finir de traire la vache, puis cet ouvrage fini, elle s’octroya le temps de boire une bonne rasade de lait sa seule nourriture du matin , s’occupa de traire Caline la chèvre , puis l’amena avec le troupeau de moutons et la vache au pacage ou poussait une herbe tendre et fleurie.
Chemin faisant elle se remémorait la nuit passée , et surtout l’étrange impression que la poupée qui lui était apparue dans la nuit et qui lui avait tendue les bras; elle ne l’avait jamais remarquée jusqu’alors, il faut dire que lorsqu’elle montait dans la soupente il faisait nuit et elle était si fatiguée qu’elle s’endormait aussitôt la tête posée sur sa paillasse ; il avait fallu cet orage et ce surprenant éclair pour qu’elle remarque cette si jolie poupée, et le cœur plein d’allégresse elle partit en sautillant derrière le troupeau qui connaissant le chemin et qui avançait tout seul.
La fin de la journée arriva enfin , et c’est le cœur léger que la petite Diane gravit l’échelle qui la menait à son galetas, et contrairement aux autres soirs malgré sa fatigue elle alluma le bout de chandelle qu’elle avait réussi à cacher dans son petit tablier et entreprit de visiter les combles qui lui servaient de chambre à coucher. Tout d’abord elle ne vit qu’un amoncellement de cartons de toutes tailles, puis des meubles plus ou moins bancales et ce ne fut que tout au fond du grenier qu’elle découvrit enfin les jouets abandonnés qui avaient connus des jours meilleurs, le petit ours auquel il manquait une oreille, le cheval de bois auquel il manquait une patte et tous les autres jouets tous plus ou moins éclopés, mais aucune trace de la jolie poupée entrevue dans l’éclair . C’est l’âme en déroute qu’elle rejoignit sa paillasse et après avoir éteint son bout de chandelle, les yeux pleins de larmes elle sombra dans le sommeil , là, au moins elle pouvait s’évader dans des rêves heureux.
L’enfant finit par ouvrir les yeux, et reconnue immédiatement la jolie poupée qui lui avait tendue les bras, mais elle était d’une taille nettement supérieure à ce qu’elle avait entrevue dans l’éclair et elle parlait :
- « N’est pas peur petite Diane , je suis la fée de l’orage, je te suis apparue dans la nuit au milieu des éléments déchaînés, sous la forme d’une poupée et je sais que tu as pensée à moi tout le jour et que ta déception fut grande lorsque tu m’as cherchée sans me trouver, je suis venue te chercher pour t’amener prés de ta maman, tu n’es qu’une petite fille de neuf ans et cette méchante matrone te fait travailler trop durement, aussi selon le vœu de ta maman je vais te conduire prés d’elle !
- « Ma maman ! s’écria la petite, mais je suis orpheline, je n’ai pas de maman !
- « Si mon enfant ta maman vit dans le pays des rêves heureux, elle est arrivée le jour de ta naissance et depuis elle se lamente de te savoir toute seule abandonnée, encore qu’elle ne peut savoir quelle est ta situation.
- « Et mon papa ! je dois avoir aussi un papa demanda la petite.
- « Oui , tu as aussi un papa et il souhaite ardemment te voir il est lui aussi près de ta maman dans le pays des rêves heureux ; Ils t’attendent tous les deux. Viens le jour ne va pas tarder à ce lever et nous devons être partis avant l’aurore. N’est pas peur tout ira bien.
La fée prit la main de la petite Diane et lui demandant de fermer les yeux elles s’envolèrent dans les cieux qui commençaient à s’éclairer à l’horizon.
- « Tu peux ouvrir les yeux petite Diane nous sommes arrivées, regarde voilà tes parents !
Lorsque l’enfant ouvrit les yeux elle vit un homme et une femme d’une grande beauté vêtus de manière somptueuse qui lui tendaient les bras, sans hésiter elle se précipita vers eux, heureuse enfin, le cœur dilaté d’une immense joie. Elle apprit qu’elle était la fille d’un roi et d’une reine, qui étaient les souverains du monde des rêves heureux, elle avait été séparée de ses parents à la suite d’un méchant maléfice lancé par une mauvaise fée qui aurait voulu se marier avec le roi, mais celui ci avait préféré épouser la future maman de Diane.
La charmante fée qui s’appelait Cerise et qui avait ramenée l’enfant à ces parents les laissa seuls afin qu’ils puissent se reconnaître et se découvrirent mutuellement. Tout d’abord la maman de Diane voulu lui faire découvrir le monde merveilleux dans lequel la petite allait désormais vivre ; son papa ne resta pas en reste pour lui prodiguer beaucoup de tendresse et lui faire découvrir des animaux fabuleux ignorés des hommes. Ce fut une journée extraordinaire pour la petite qui croyait rêver et avait une crainte superstitieuse de se réveiller dans son grenier et qu’elle allait de nouveau travailler pour cette méchante matrone qui ce reposait entièrement sur ses frêles épaules, mais ses adorables parents lui firent très vite oublier ce nuage gris qui obscurcissait le front si pure de la petite fille
Les jours passèrent très vite pour Diane qui était devenue la petite princesse du monde des rêves heureux, mais cette brave enfant n’avait pas oublié les animaux dont elle s’occupait , la bonne Rosine , et puis Caline la petite chèvre si fantasque et les petits moutons , qui s’en occupaient maintenant, elle se souvenait du matin où la gentille fée l’avait enlevée, lorsqu’ elles s’étaient élevées dans le ciel , la petite avait perçu la plainte des animaux qu’elle abandonnait et depuis elle ne cessez de songer à eux.
Un matin son papa la fit venir dans un enclos qui venait d’être créé et sa joie fut immense d’y découvrir tous les animaux de la ferme qu’elle avait laissé derrière elle , ses parents voyant que l’enfant était soucieuse avait demandé à la petite fée Cerise d’aller voir ce que devenait la vieille ferme où l’enfant avait si longtemps travaillée, la matrone avait disparue et la ferme était à l’abandon , les animaux n’avaient plus de soins ; aussi sur l’ordre des parents de Diane ils furent recueillis au pays des rêves heureux où ils reçurent de très bons soins et firent la joie de l’enfant.
Diane et ses parents continuèrent de vivre dans le pays des rêves heureux parmi les fées, dans un magnifique jardin aux senteurs subtiles , parmi des animaux fabuleux et ce pour l’éternité
Ainsi ce termine l’histoire de la petite orpheline qui s’appelait Diane
Irène