LA PETITE CLOCHE DE PAQUES

  Il était une fois dans un lointain village perché au flan d’une montagne une  petite église qui abritée une jolie petite cloche aux sons cristallins  qui résonnaient agréablement sur les massifs.

 Dans ce petit village les distractions étaient très rares, il ne s’animait qu’à la période des transhumances aux printemps quand les troupeaux de vaches et de moutons montaient aux alpages pour y passer l’été.

Un vieux curé montait au village pour y dire la messe le dimanche seulement et encore, quand les routes n’étaient pas bloquées, pour Noël et pour le jour de Pâques , le reste du temps l’église restait déserte ; ,parfois une villageoise venait y faire le ménage , mais s’était surtout la veille du jour où le curé montait.

 Dans le clocher la petite cloche s’ennuyait fort, elle aurait bien aimée faire entendre le son cristallin de son cœur et se mêler aux carillons des cloches de la vallée ; quand le vent soufflait de la plaine, elle les entendait , mais restait silencieuse car personne ne venait pour la faire carillonner.

 Alors du haut de son clocher elle regardait passer les oiseaux, les grues cendrées, les corbeaux, les oies sauvages et  elle rêvait d’avoir comme elles des ailes pour pouvoir s’envoler.

 Chaque année les oies sauvages faisaient une halte dans la prairie au pied de la petite église pour se restaurer et se reposer et l’une d’elle toujours la même venait se percher dans le clocher prés de la petite cloche.

En ce mois de mars la petite oie vint comme à son habitude se poser dans le clocher .

 

 - «   Tu viens de loin lui demanda la petite cloche curieuse ,en voyant l’oiseau se poser  sur le rebord du clocher ?

- «  Tiens, s’exclama celle-ci, mais qui me parles est –ce toi la petite cloche ?

- «  Oui, c’est moi, lui répondit la petite cloche, cela fait bien longtemps que je vous vois passer  et que tu viens te percher prés de moi, mais jamais tu as répondu à mes questions, je pensais que tu étais sourde ou bien muette.

-         «  Muette moi répondit-elle en poussant son cri sonore « ga, ga, ga, ong, ong ,ong »    

Oh la la ! , s’écria aussitôt la petit cloche, d’accord tu n’est pas muette et tu n’es pas sourde non plus, nous allons pouvoir nous entendre.

- « D’accord répondit l’oie, que veux-tu savoir ?

- «   D’abord dis moi d’où tu viens et où tu vas, car chaque année vous revenez mais sans jamais rester longtemps ! demanda la petite cloche.

- « D’abord je vais te dire qui je suis, je suis une oie cendrée ,je fais partie des espèces d’oies sauvages moi et mes congénères nous migrons vers le sud de l’Europe en hiver en Espagne, au Portugal, sur les bords de la Méditerranée où sur les bords de la mer noire et nous remontons vers l’Europe du nord au printemps, en Islande, en Scandinavie, en Ecosse, en Allemagne, en Pologne ect… pour y passer l’été, nous choisissons les zones humides pour y faire nos nids, voilà ce que je peux te dire de moi !

- « Et bien moi lui répondit la petite cloche je suis toujours fixée à ce clocher , mon carillon ne sonne que rarement et j’aimerais tant avoir des ailes comme toi pour pouvoir courir le monde, je m’ennuie si fort dans mon clocher !

 - «  c’est ton rôle de cloche d’être dans un clocher , on n’a encore jamais vu de cloches voler s’esclaffa la petite oie !

 - «  C’est bien là mon drame répondit la cloche tout doucement.

-         «  Racontes-moi ce que tu  vois dans ton environnement !

 

  - « Eh bien au printemps comme maintenant, je vois les journées de transhumances qui sont surtout un moment exceptionnel qui permet de rassembler les troupeaux d’ovins, bovins, etc.…Les éleveurs et les bergers y ont l’occasion privilégiée de se réunir, d’échanger, de sympathiser, ils veillent ensemble avant que les uns ne retournent sur leur exploitation et que les autres ne se dispersent pour « montagner » tout l’été sur les estives parfois très éloignées, mais c’est chaque année la même chose et ce ne dure que quelques jours  après c’est de nouveau la solitude, l’hiver ce ne sont que des étendues de neige et un silence qui n’est troublé que par le cri des corbeaux et des choucas et je m’endors jusqu’aux premières fontes des neiges et je contemple le passages des oiseaux migrateurs comme toi. Et je m’ennuie , je m’ennuie beaucoup.

- « Ne t’inquiète pas lui répondit la petite oie, bientôt ta vie va changer.

-         «  Que  tu es gentille de me remonter le moral s’écria la petite cloche, mais tu n’ es qu’une oie et tu ne peux rien pour moi !

 - «  Détrompes toi répondit l’oiseau et aussitôt elle se transforma en une belle fée revêtue d’une somptueuse robe en plumes blanches avec d’immenses ailes dans le dos, je peux exaucer tous tes vœux , se sont des ailes que tu veux je crois !

- «  La petite cloche resta sans voix.

 - «  Il y a longtemps que je te surveilles, a chaque migration , je viens  sous les traits d’une petite oie me poser prés de toi sur ton clocher, tu me parlais mais je faisais la sourde oreille , car il me semblait que tu avais bien de l’ambition pour une petite cloche, cela ne c’est jamais vu. Une cloche voler quelle idée saugrenue ! Puis devant ta détresse j’ai fini par comprendre que ce ne serai pas une mauvaise idée, mais pour cela il va falloir que ton rêve sois réalisable dans la logique des choses, est tu d’accord ?

«  Oui, répondit la petite cloche d’une toute petite voix . Mais que devrais-je faire pour cela ?

D’abord lui dit la fée tu devras attendre que la fêtes des rameaux soit arrivée cela ne demandera que quelques jours d’attente, ensuite je reviendrais près de toi et tu auras tes ailes mais à une certaine condition ; tu ne pourras voler qu’une fois dans l’année, car tu es avant tout une petite cloche et ton rôle c’est d’être dans ton clocher   As tu réfléchis à ce que tu feras lorsque tu pourras voler demanda la fée ?

 - «  Oh oui ! je volerais dans le monde entier, j’irai voir tous ce que vous pouvez voir en tant qu’oiseaux, je traverserais les mers et les océans, je visiterais des pays que toi-même tu n’as jamais vu ….

 - «  la fée la laissa parler , depuis qu’elle était née elle n’avait jamais pu s’exprimer ainsi et son carillon résonnait jusque dans la vallée, les bergers étonnés d’entendre la petite cloche résonner ainsi se réunir sur la petite place du village croyant à une catastrophe, mais lorsqu’ils franchirent la porte de l’église le silence les accueillirent car la fée avait fait taire la petite cloche et avait aussitôt disparue.

Lorsque le vieux curé monta le dimanche suivant pour faire la messe, la petite cloche ne voulue pas carillonner , le bedeau avait beau tirer sur le cordon rien n’y faisait , comment je vais appeler mes fidèles se lamentait le pauvre curé ; il monta au clocher pour voir la cloche ,

 mais elle est tout à fait normale , que ce passe – t- il donc  ce dit il vraiment je n’y comprend rien.

La petite cloche resta muette le dimanche suivant et tous les autres dimanches au grand désespoir du curé qui ne pu appeler ses *oilles 

Et l’église resta vide jusqu’aux rameaux.

Le jour tant attendu arriva et notre petite cloche fit sonner son carillon a toute volet au grand dam du bedeau qui n’y comprenait plus rien , car il n’eut même pas la possibilité de tirer le cordon , la cloche s’était mise à sonner toute seule, le curé put faire son office et redescendit dans la plaine tout en se demandant ce qui avait bien pu arriver.

 Le soir venue la petite fée réapparue tout en haut du clocher .La petite cloche frémissait d’impatience.

- « Alors c’est le grand jour pour moi n’est ce pas dit-elle d’une petite voix anxieuse !

- «  Oui, petite cloche , je n’ai qu’une parole, tu vas avoir tes ailes je te le promets, mais à une condition. 

- «   Tout ce que tu voudras dit-elle imprudemment , dis moi vite qu’elle sera ton exigence!    

 - « Pendant tout une année tu auras la possibilité de voler mais la veille de « Pâques » tu devras réintégrer ton clocher jusqu’aux prochains « rameaux » et pendant la semaine entre «  rameaux » et « Pâques » tes ailes te repousserons et tu pourras de nouveaux voler  mais seulement pour une semaine et il en sera ainsi pour le reste de ta vie !

- «  C’est ta condition lui répondit la cloche , une année entière de vol en liberté et après je serai de nouveau prisonnière de mon clocher pour tout une année, mais tu te moques de moi !

- «  Non petite amie, je veux te protéger au contraire, pendant la première année tu auras toute liberté pour courir le monde et t’instruire sur ce qu’est vraiment la vie à ton retour tu ne seras plus du tout la même, tu auras acquis la sagesse ; et le repos d’une année que je t’imposes , tu l’apprécieras vraiment !

 - «  S’il doit en être ainsi répondit la cloche, j’acceptes tes conditions, mais compte sur moi pour en profiter au maximum.
- « c’est bien ce que j’espère lui répondit la fée, demain les oies sauvages vont repartir, je t’invites à te joindre à nous  pour ton premier vol ainsi je pourrais t’aider dans les premiers jours, une fois arrivée à notre destination je te rendrais ta liberté.
   

 Et la fée toucha la petite cloche de la pointe de son aile  et elle se sentie libre de toute entrave mais aussitôt elle se mis à tomber.

- «  Vite , vite agite tes ailes lui cria la fée !

La petite cloche sentie ses ailes remuer et cessa de tomber 

- «  Oh, c’est merveilleux s’écria – t- elle, je vole , je vole et elle disparue aussitôt dans le ciel, elle tourna autour du clocher , puis descendit vers le village, tourna encore et encore toute heureuse puis revint prés du clocher où l’attendais patiemment la fée. 

-         «  Nous allons rejoindre mes compagnes les oies et ensemble nous prendrons notre vol au lever du jour lui dit la fée, tu devras rester prés de moi et surtout ne jamais quitter le groupe tu as bien compris ?

 

 Le lendemain les oies prirent leur envol pour le nord de l’Europe , mais chose curieuse les bergers  virent tout étonné une cloche voler au milieu des oies, la chose leur paru si étrange qu’ils crurent avoir rêvé, aussi se gardèrent ils bien d’en parler autour d’eux. Quand le curé vint au village le dimanche suivant qu’elle ne fut pas sa surprise de découvrir l’absence de la cloche, il cru qu’elle avait été volée, mais comme le village était trop pauvre et ne pouvant faire fondre une autre cloche , le curé ne revint plus au village.

Pendant ce temps la petite cloche faisait son apprentissage pour voler, au début elle s’extasiait sur la beauté des paysages traversés ,mais très vite elle commença à fatiguer, ne t’inquiète pas lui dit la fée-oie, tu vas vite t’y habituer ce n’est qu’une question de jours il faut que tes ailes se fasses . Et lorsqu’elles arrivèrent à destination  la petite cloche savait voler comme un oiseau sans se fatiguer.

- «  Tu vas devoir traverser la mer lui dit la fée-oie, te sens tu assez forte pour commencer ton long voyage ?

- «  Oui, répondit la cloche, j’ai hâte de commencer !

- «  Alors je te souhaites un long et beau voyage reprit la fée-oie et rendez-vous la veille de Pâques dans ton clocher, j’ai ta parole ?

- «  Parole donnée ! s’écria la petite cloche en s’envolant au-dessus de la mer. …

Alors pour elle commença une belle aventure , sa première direction fut le « Maroc » , elle visita la ville impériale de « Fès », survola « Meknès » et les ruines romaines de « Volubilis » , puis se reposa dans les forêts de chênes verts et de cèdres près d’ « Azrou » dans le moyen-atlas. Elle prit son envol avec les flamands roses et autres migrateurs dans les marécages , près de « Larache ».

Elle survola le « rif » au relief peu élevé ainsi que la ville bleue et blanche de « Chefchaouen » au cœur des montagnes . Puis dans le sud  du « Maroc » elle descendit vers « Marrakech » la ville rouge , aux couleurs magnifiques  au pied du haut-Atlas, puis descendit vers le Sénégal , où elle survola les immenses baobabs, contempla les magnifiques couchers de soleil sur la brousse.

 

Elle volait, virevoltait sans jamais être fatiguée, elle était tout simplement heureuse. Elle traversa le désert de « Mauritanie » où elle rencontra un troupeau de dromadaires  et fit un bout de chemin avec eux, puis elle traversa l’ « Afrique » pour aller visiter les pyramides d’Egypte , les temples de « Louxor » , le grand temple « d’Abou -Simbel »,

 

 puis elle se dirigea vers « l’Inde » où elle visita le « Taj-Mahal » à « Agra » au coucher du soleil, le « Baby Taj » , palais de dentelle en marbre, la mosquée du « Taj », puis elle s’envola sur le « Rajasthan », région haute en couleur , où elle découvrit des temples séculaires avec leurs tours d’entrée majestueuses et leurs pavillons décorés de milliers de colonnes sculptées. Puis ce fut la « Chine » où elle assista au jour de l’an et à la danse du dragon , vénéré par les chinois, cet animal mythologique , noble et brave, serait porteur de chance. Déployant ses couleurs chatoyantes sur plusieurs mètres de long ( parfois bien plus que dix), le cracheur de feu ondule au rythme des tambours et des gongs.

Elle partit pour la « Russie » et visita «  Moscou » et « St. Petersburg ; poursuivant son voyage elle arriva au « Groenland » pour contempler les icebergs , les volcans et les geysers, et assista au  soleil de minuit.

Prenant son vol elle atterri au « Canada » peuplé d’immenses forêts abritant  des bucherons, des érables et des ours , de lacs peuplés de saumons et de castors, regarda courir les chiens de traineau et visita les parcs nationaux des « Rocheuses ». Puis elle se dirigea vers les « Etats Unis » qu’elle ne fit que traverser pour arriver au « Mexique ; là elle découvrit ses plages somptueuses , ses gigantesques parcs nationaux et retrouva les trace de « Quetzalcóatl » ; poursuivant ,sa route jusqu’au « Brésil » elle assista au fabuleux carnaval, traversa les immense forêts  et descendit jusqu’au « Chili » et remonta par « l’Afrique du Sud » après avoir traversé l’océan Atlantique  elle remonta par le « Mozambique » , l’île de « La Réunion », « Madagascar » ,les « îles Comores », « Les Seychelles », puis franchit la distance qui la conduisit en « Ethiopie » , « l’Arabie Saoudite » , « l’Irak », la « Turquie » ,et enfin « l’Italie » et revint dans  son petit village après avoir fait le tour de la terre .

 

Elle rentra le samedi  de Pâques en carillonnant de joie et laissa tomber de dessous sa jupe de fonte des milliers d’œufs colorés qui se logèrent dans les haies et les buissons , les villageois attiré par son joyeux carillon découvrirent les merveilleuses sucreries que la petite cloche avait ramené de sont si long voyage .

Depuis ce jour toutes les cloches des environs  partent comme la petite cloche se faire bénir à Rome et reviennent chargées de ces jolis œufs de Pâques qu’elles lâches elles aussi dans les buissons  et les haies et les petits comme les grands partent à la recherche de ses friandises.

- «  Comment à tu as eu l’idée de ramener des œufs de ton voyage et de les distribuer comme cela dans la nature lui demanda la petite fée-oie !

 - «  Lorsque je suis passée par l’Egypte c’est là que j’ai appris la coutume des œufs de Pâques qui remonte à l’époque pharaonique déjà ils échangeaient  des œufs colorés en signe de renouveau , chemin faisant je découvris que d’autres pays pratiqués eux aussi la cérémonie des œufs et c’est à Rome que l’on béni les cloches et qu’elles ramènent des œufs qui sont le symbole du renouveau et du printemps

- «  Alors tu ne regrettes pas de n’avoir que quelques jours par an pour voler de tes propres ailes dit la fée !

- «  Non , car désormais, je partirais avec mes sœurs les cloches , nous irons à Rome nous faires bénir et nous ramènerons des friandises aux enfants sages. Nous sommes désormais des messagères du renouveau et du printemps !

- «   Je suis heureuse pour toi lui répondit la fée comme je te l’avais dit tu as acquis la sagesse ! 

 - «  Depuis ce jour les cloches de toutes les églises de France quittent leur clocher le jeudi pour aller à Rome  et reviennent le samedi de la semaine sainte en carillonnant et distribuant des œufs et des friandises à tous les enfants .

 Fin de l’histoire

 

IRENE---B

 

*oilles ==expressions pour désigner les fidèles de la messe.